Tout sauf Slow, Eco, Ecolo : Le Tourisme spatial

Qu’est ce qui a poussé bon nombre de nos ancêtres à voyager depuis des millénaires ? Leur esprit d’exploration ! C’est ce même état d’esprit d’imaginer l’avenir qui fait pointer les yeux de certains hommes vers le ciel depuis longtemps en se disant que l’on peut s’offrir mieux qu’une simple petite balade au clair de lune. Examinons depuis la terre, ces vacances qui nous font voyager vers le futur. Mais qui sont déjà une réalité pour une poignée d’hommes et de femmes.

De la conquête de l’espace au tourisme spatial

Depuis Youri Gagarine, pilote et cosmonaute soviétique, premier être humain à avoir effectué un vol dans l’espace au cours de la mission soviétique Vostok 1, le 12 avril 1961, la conquête spatiale a grandement avancé. En 1969, la croisière vers la Lune de la mission Apollo 11 durait une soixantaine d’heures, et les deux astronautes Buzz Aldrin et Neil Armstrong ont passé quelques heures en orbite avant de se poser. Depuis, les visites dans l’espace sont très récurrentes. On dénombre moins de 600 personnes ayant fréquenté l’espace, des professionnels, ayant subi une préparation intense, majoritairement des hommes, américains et russes.

Depuis les premiers vols habités dans l’espace, largement relayée aujourd’hui par les médias, il existe une fascination répandue pour cette forme d’aventure extrême. 

En 2001, après un rude entraînement à la Cité de l’Espace à Moscou, l’homme d’affaires milliardaire californien, Dennis Tito âgé alors de 61 ans, embarqua à bord de la mission Soyouz TM-32. Il ouvrait une nouvelle page de la conquête spatiale, celle du tourisme de l’espace. Son vol a duré un peu plus de 7 jours, avec un arrimage à la Station spatiale internationale. Avec un budget vacances total de 20 millions de dollars : quand même…

Anousheh Ansari, femme d’affaires irano-américaine, est considérée comme la première femme touriste spatiale. Elle passa 10 jours sur la Station spatiale internationale en 2006, financée par des fonds privés. Et y a réalisé plusieurs tests et expériences scientifiques. 

Il existe aujourd’hui deux formes de tourisme spatial.  La première est le séjour en orbite dans une station spatiale internationale qui nécessite un très long entraînement. La seconde est le vol suborbital qui consiste à passer quelques minutes à une altitude supérieure à la ligne de Karman (soit 100 km, qui marque selon la convention internationale le début de l’espace), qui est relativement moins coûteux et contraignant.

Les tour-opérateurs du tourisme spatial

Il s’agit bien sûr d’un marché de luxe ! L’entrepreneur milliardaire américain Richard Branson a pu effectuer un premier vol suborbital à bord de Virgin Galactic avec des passagers le 11 juillet 2021. L’intérieur du vaisseau a été conçu avec un objectif principal : avoir une vue parfaite de la Terre à partir de l’espace. Des sièges inclinables, un écran situé à l’arrière de chaque siège permettent de visualiser l’espace à partir des caméras installées sur les parois extérieures du vaisseau. L’enregistrement vidéo de chaque vol est par la suite remis aux touristes en guise de souvenir. Les touristes de l’espace peuvent également regarder à l’extérieur à partir des 12 fenêtres du vaisseau.

Virgin Galactic s’attend à ce que les opérations commerciales régulières commencent en 2022. Le groupe a déjà vendu environ 600 billets allant de 200 000 $ à 250 000 $. 

La société Blue Origins fondée par le milliardaire américain Jeff Bezos, fondateur et PDG de la société Amazon, développe depuis les années 2000 des technologies spatiales. Le  New Shepard est un lanceur suborbital mono-étage capable d’emmener 5 passagers à plus de 100 km d’altitude. Le premier tir a eu lieu le 29 avril 2015. Le 22 janvier 2016, Blue Origin parvient à faire voler son lanceur New Shepard après qu’il atterrit sur ses trains d’atterrissage lors du vol précédent, devenant ainsi le premier lanceur, bien que suborbital, à pouvoir être réutilisé. 

Jeff Bezos s’envolera le 20 juillet 2021 avec son frère et le gagnant d’une mise aux enchères dans le premier vol de tourisme de sa société Blue Origin (le prix atteint de 2,8 millions de dollars selon Blue Origin). Près de 6 000 personnes venant de 143 pays ont participé. Le jour du départ de New Shepard, le 20 juillet, la fusée décollera à la verticale et la capsule s’en séparera à environ 75 km de hauteur, continuant sa trajectoire jusqu’à dépasser les 100 km d’altitude. Les passagers à bord pourront alors flotter en apesanteur durant quelques minutes et observer la courbure de la Terre. Pendant ce temps-là, la fusée redescendra pour se poser doucement sur une piste, toujours à la verticale. Puis la capsule entamera elle-même une chute libre pour revenir vers la Terre, et sera freinée par trois grands parachutes et des rétrofusées avant d’atterrir dans un désert de l’ouest du Texas.

Mais d’autres acteurs souhaitent également figurer au tout premier rang des tour-opérateurs du tourisme spatial. Avec sa société SpaceX, le milliardaire américain Elon Musk, PDG de Telsa Motors,  ne joue pas tout à fait dans la même catégorie que Jeff Bezos et Richard Branson. Son entreprise a en effet déjà une certaine expérience en matière de vols spatiaux, ayant déjà envoyé des astronautes sur l’ISS grâce à sa capsule Crew Dragon ou mis en orbite des satellites. Mais également parce qu’en matière de tourisme spatial, SpaceX veut aller plus loin que ses concurrents en mettant en place des vols orbitaux, c’est-à-dire autour de la Terre. 
Après avoir suivi un entraînement complet, quatre personnes civiles seront ainsi envoyées en orbite haute, à plus de 500 km de la terre ferme, pendant environ cinq jours, dans la capsule Crew Dragon.  La première mission spatiale entièrement touristique « Inspiration4 » devrait décoller en septembre 2021 du centre spatial Kennedy. Boeing pourra bientôt aussi mettre sur le marché sa capsule Star Liner, tandis que les Russes veulent revenir sur ce créneau du tourisme spatial avec Soyuz mais aussi avec un nouveau vaisseau en construction, Orel.

Et n’oublions pas la Chine, qui construit la deuxième station à tourner autour de la Terre, avec la Station spatiale internationale. CSS (appelée le Palais Celeste) devrait entrer en service fin 2022, assurant à Pékin une présence humaine permanente dans l’espace. Cela, pendant quinze ans.

L’agence de voyage spatiale du futur vous propose déjà ses services.

Sommes-nous si loin de faire gagner des séjours dans l’espace comme les agences de voyages aujourd’hui font gagner des séjours en thalassothérapie ou généalogiques ? 

La première agence de voyage au monde qui peut vous envoyer dans l’espace vient d’ailleurs d’être créée.

Rocket Breaks est basée à Londres, en Angleterre, et offre à ses clients toute une gamme de services pour leur potentiel voyage spatial. Au catalogue : des programmes d’entraînements sportifs, des stages autour de la nutrition, autour des équipements. Et l’opportunité de séjourner à bord d’Aurora Station – le nom fait rêver- premier hôtel de luxe (luxuary space hôtel), développé par la start-up Orion Span qui rentrera en orbite terrestre en 2022. « L’hôtel » ne pourra cependant pour le moment n’accueillir que 4 clients et 2 hommes d’équipages, pour 12 jours !

Le tourisme spatial peut-il trouver une rentabilité ? L’évolution de la demande potentielle, les dizaine de milliers de départs par an envisagés en fonction du montant du prix du billet… 

UBS estimait en 2020 que le tourisme spatial (suborbital et orbital) a un potentiel de marché de 3 milliards d’euros d’ici 2030.  Plus récemment Northern Sky Research (cabinet de consultant américain) estimait que les vols suborbitaux pouvaient représenter un marché de 2,8 milliards de dollars en 2028 et 10,4 milliards de dollars au total d’ici les dix prochaines années. Tandis que les vols orbitaux pourraient représenter un marché de 610 millions de dollars et 3,6 milliards au total dans les dix prochaines années. L’histoire du tourisme nous le prouve souvent, ce qui commence comme un loisir d’élite devient presque toujours accessible au plus grand nombre. Avec dans le cas présent d’importantes questions en matière de sécurité et d’environnement….

Il s’agit en réalité pour le moment en priorité d’une façon d’offrir une seconde vie à la Station spatiale internationale (ISS) après le désengagement des partenaires financiers, prévu d’ici la fin de la décennie 2020.

En attendant que le tourisme spatial se démocratise, l’on peut se contenter d’aller à Bordeaux pour vivre l’incroyable expérience d’être à bord de l’Airbus Zero G de Novespace.
Là-bas vous attend un programme de vol en apesanteur. Ne plus sentir son propre poids, voir les objets flotter autour de soi : devenir l’astronaute d’un jour ! 

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